Sauter au contenu

Le coup de la panne turque

10 avril 2011

On vient de se prendre une bonne saucée, de celles qui vous surpreinent en plein milieux de votre balade et qui vous glace le sang. Obligés de rentrer au pas de course dans le camion, d’accrocher les manteaux tant bien que mal pour qu’ils seichent, de changer de jeans et de mettre à bouillir une casserole d’eau chaude pour un thé salvateur. Pourtant sur les dizaines de cartes postales qui ornent les promontoires des magasins de souvenirs, le ciel de Cappadoce est toujours bleu, étrange…

Partis de Marseille depuis une vingtaine de jours, nous voulions rapidement rejoindre Istanbul. Nous prendrons plus le temps de découvrir la Grêce et les balkans quand les beaux jours reviendront définitivement. Première halte en Toscane. Une après midi pour essayer de redresser la tour de Pise, et une journée de balade dans les rue de Florence le lendemain.

Direction Ancona pour prendre un ferry jusqu’a Igoumenitza de l’autre côté de la mer adriatique. Heureuse surprise arrivés en Grêce, l’autoroute ne semble pas être payante. Finalement on croisera un péage flambant neuf au milieu de la traversée, où le préposé dans sa guérite nous tend un prospectus d’explication des péages! Déduction faite, l’autoroute doit être récente et les péages encore en construction. Bilan, 7euros les 900 km de 4 voies lisses comme un billard, on ne va pas se plaindre! Pour casser un peu la routine lassante des heures d’autoroute à 90 km/h sans tourner le volant, on décide d’aller jetter un oeil à Thésalonique, une des plus grosses villes du pays. Peine perdue, impossible de poser Bertha, ici les gens se garent en triple file, preuve que trouver un bout de trottoir libre relève de l’exploit ! On ralie donc la frontière turque sans avoir vraiment quitter l’autoroute. Exception faite au début, un petit crochet pour aller admirer le site des Météores où des monastères orthodoxes nichent à plus de 100 mètres de haut sur d’énormes cailloux. Assez impressionant !

Une semaine exactement après avoir quitter la cité phocéenne, nous arrivons aux portes d’Istanbul.

Et sûrement pour exprimer sa joie d’être parvenue sur les rives du Bosphore, Bertha entonne une symphonie de bruits métalliques. Les vitesses sautent et la boîte de vitesse fait plus de vacarme que notre gros moteur diesel. Coincés dans d’interminables embouteillages en périphérie de la ville, on redoute que Bertha lâche en plein milieu de cette jungle urbaine et ce concert de klaxons. Nous arriverons, non sans peine et sueurs froides, à rejoindre le quartier de Besiktas (prononcer Béchiktach) et à touver miraculeusement une place libre à deux pas de l’appartement de Tiphaine.

Le lendemain, nous emmenons Bertha chez le docteur; un garage Citroën trouvé sur internet. Le medecin chef qui nous reçoit arbore la  moustache fourni typique du pays, par chance il parle un peu anglais. Pierrem essaie tant bien que mal de lui expliquer les symptômes, puis il prend le volant pour se faire sa propre opinion. Diagnostique doc’ ? “Big problem…” Aïe, on espérait secrètement que la panne soit bénigne. Mais c’était un peu à prévoir, on a rarement vu une boite de vitesse chanter dans les aïgus pour son bon plaisir… Il nous demande de revenir le sur-lendemain, pour nous donner un devis plus précis. On vide le frigo et on récupère quelques affaires, puis on part avaler un petit kebab pour se remonter le moral. Retour chez Tiphaine de l’autre coté de la ville à Besiktas qui est un petit quartier populaire de la rive européenne bordé par le Bosphore.

Deux jours plus tard, on grimpe dans un taxi jaune qui nous emmène à tombeaux ouverts au garage Citroën. Ici le code la route est à l’appréciation du conducteur et doubler par la droite à 130km/h sur le périphe semble être un sport national. L’équipe de mécanos nous acceuille chaleureusement. Plus habitués à reparer et nettoyer des grosses berlines de patron, voir débarquer deux jeunes francais rouler dans un camion d’une autre époque est pour eux l’attraction de la semaine! Bertha est là, le capôt ouvert, la roue avant droite démontée et la boite de vitesse en mille morceaux juste devant. Le diagnostique se confirme, c’est grâve docteur. L’huile de boite a disparue, les roulements et pignons non lubrifiée en ont beaucoup souffert. Il faut opérer. Le medecin chef moustachu pense que l’hospitalisation durera au moins une semaine, le temps de trouver les pièces adéquates et de tout remonter. La facture devrait avoisiner les 1500 euros, on ne peut qu’accepter de toute façon… On repart, re-traversée de la ville, re-kebab.

Grâce à Tiphaine, amoureuse de cette ville depuis qu’elle y a posée ses valises pour une année d’Erasmus, nous avons pu apprécicier toutes les facettes de la vie stambouliote. Passage obligé à Sainte sophie, édifice religieux monumentale qui fût d’abort une église puis une mosquée pour enfin devenir un musée.

Virée dans les dédales du grand bazar et du bazar egyptien, avec négociation d’une chicha pour Guillain à la clef. Une fois l’ “Istanbul tour-opérator” visité, nous avons laissé nos panoplies de parfaits touristes, pour goûter aux délices de la vraie vie stambouliote. Petit déjeuner turc dans les rues de Besiktas, thés face au coucher de soleil sur la rive asiatique du bosphore, soirées electros dans des immeubles croulants de Taksim, et sandwichs aux tripes de mouton. Après quelques jours on commandait même en turc! “Meraba, iki tane buyuk doner vé iki tane ayran lutfen” “you want big or small ayran ?” L’accent et l’absence de moustache nous trahit un peu…

Régulièrement nous appelons l’hôpital pour avoir des nouvelles, et tous les jours c’est la même réponse: “no problem, maybe tomorow”. Et le vendredi changement, ” it’s ok you can come”.

On revient donc au garage, accueilli par toute l’équipe. La boîte de vitesses est remontée, les courroies changées et les pneus regonflés, Bertha est prête à avaler les kilomètres. On laisse un petit billet de 1400 euros et on prend une photo souvenir avec toute l’équipe médicale.  C’est reparti !

 

Une semaine après avoir débarquer à Istanbul, nous reprenons la route direction la Cappadoce via Ankara. On ne s’arrête pas dans la capitale qui n’a que peu d’interêt, on en retiendra donc que son périphérique et ses embouteillages démesurés. Nous mettons deux jours pour atteindre le centre de la Turquie, avec une petite creuvaison en prime, réparée pour 5 euros dans un garage au bord de la route.

 

Le premier soir on se gare dans une petite rue paisible d’une ville au bord de la nationale. Un voisin arrive, nous explique qu’on ne peut pas se garer là. Pierrem essaie de comprendre pourquoi toutes les voitures stationnées on le droit de dormir tranquillement, et que notre pauvre Bertha doit quitter les lieux. La discution vire au dialogue de sourd, le type finit par partir en nous disant que finalement ça va pour cette fois. Mais un policier bedonnant rapplique un peu plus tard, et nous demande assez sèchement de le suivre. La voiture de police, galerie allumée, nous emmène jusque devant le commisariat. Le flic revient tout sourir et nous explique qu’on sera tranquille pour dormir ici! Le poste de police donne sur la nationale, la nuit va être bruyante…

Le lendemain soir, c’est l’armée qui nous rend visite. Alors que nous sommes garés sur un bout de parking désaffecté le long d’une route de moyenne montagne, une camionnette avec un officier et deux soldats en armes vient nous contrôler. Pas de souci, elle repart à peine les passeports rendus. Mais une heure plus tard la patrouille est de retour. Ils nous invitent à monter à l’arrière de leur estaphette, et engagent la conversation. Seul l’officier parle quelques mots d’anglais, on parle de tout et de rien, surtout de rien d’ailleurs. Ils repartent une petite demi heure plus tard finir leur ronde de nuit.

Nous devons être des aimants à policer. Encore hier, alors que nous étions garé dans une microcopique rue non éclairée d’une ville banal du milieu de la Turquie, une voiture de police vient nous contrôler. Ils ne parlent pas du tout anglais, mais on a de la ressource et on tente de leur parler… turc! Pierrem baragouine les quelques mots que nous connaissons ( “parking interdit ici ? Parking où ?), ils nous demandent alors de les suivre et on finira par dormir devant le commissariat encore une fois… Mais comment nous trouvent-ils à chaque fois??

Entre deux gestions de contrôle policier, on prend le temps de visiter un peu le pays. Après la capitale culturelle, nous passons la semaine en Cappadoce. Région surprenante pour ses paysages géologiques difformes et ses habitations troglodites. Chaque bout de rocher, où morceaux de parois est creusé pour se transformer en maison, de plusieurs étages parfois! Si la plupart des sites sont maintenant en ruine, où transformé en musée, il reste d’irreductibles stroumphes qui continuent de vivre dans ces immenses blocs de pierre.

 

L’apogée de cette civilisation souterraine remonte à plusieurs centaines d’année, à l’époque de nombreuses communautés religieuses s’installent dans la région. Ils creusent un peu partout des chapelles souterraines, si les plus belles sont conservées dans des musées payants, nous en avons dénicher plusieurs en crapahutant dans la montagne hors des sentiers battus.

 

 

Depuis quelques semaines nous suivons l’actualité Syrienne, et les dernières nouvelles portent à croire que la révolution n’est pas finie. (28 morts à Deraa le 09/04, tir sur la foule…). Il est impossible de prévoir la suite des évènements, ni leurs lieux, ni leurs ampleurs. N’étant donc pas certain d’être en sécurité dans ce pays, nous préférons prolonger notre séjour en Turquie plutôt que de passer la frontière Syrienne. Après l’Egypte, nous devons malheureusement encore retirer la Syrie de notre roadmap, en espérant que la liste s’arrête là!

 

D’Andalousie à Istanbul

24 mars 2011

L’étape marocaine semble déjà loin dans le rétroviseur, fini les oranges sucrées à 5 dirhams le kilo, place aux montagnes de tapas huileuses et à la douceur de l’Andalousie. Depuis le début des travaux du camion, et après les heures passées à se tordre les vertèbres pour habiller l’intérieur de panneaux de contreplaqué, nous redoutions le retour du Maroc et le passage aux douanes. Voir un officier arracher une à une les planches de l’isolation pour traquer des paquets de shit aurait été un supplice. La faible motivation du douanier marocain ce jour là à rapidement fait descendre notre stress ; « Vous avez fait la peinture au Maroc ? » , «  Non en France il y a 3 mois . » , « Ok Ok allez y… »

Juste un petit coup avec le dos de son tournevis sur une plaque du plafond. Ca sonne creux, il nous croit, on passe. Les douaniers espagnols 25m plus loin ne semblent même pas nous voir, un petit signe de la main, on passe encore. Ouf ! On peut prendre le bateau à Ceuta et planifier tranquillement la remontée de l’Espagne. D’abord Grenade, autant commencer directement par le plus beau! Direction l’Alhambra qui s’étale sur la crête de la colline qui surplombe la ville. Site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, et pour lequel il faut réserver ses billets plusieurs semaines à l’avance en pleine saison. Seulement 7000 personnes par jour ont le privilège de se perdre dans les jardins et de déambuler dans le palais construit il y a plus de cinq siècles par les musulmans. Pas un centimètre carré des façades du palais n’est ciselé de motifs orientaux. La promenade dans les jardins alterne entre les massifs de fleurs multicolores et bosquets d’arbres savamment agencées. Seul le bruit régulier des fontaines vient perturber ce calme multi-centenaire. Les mots et les photos ne sont pas assez fins et précis pour vous faire ressentir l’ambiance particulière de ce lieu. Mais on vous met quand même des photos !

 

 

Environ 200 km de routes vallonnées dans des champs d’olivier à perte de vue, sépare Cordoue de Genade. Si toute la vieille ville respire la douceur andalouse, c’est la cathédrale-mosquée qui vaut le détour. Mastodonte rectangulaire de pierre couleur sable, ce lieu de culte fut d’abord une église, avant de devenir une des plus grandes mosquée du VIIIe siècle, pour finalement être depuis l’année 1236 une cathédrale. La visite est surprenante, on se perd entre les enchevêtrements de motifs issus de la culture islamique et les immenses tableaux représentant des scènes de la bible…

 

Plus au nord, nous voilà à Tolède, ville compacte nichée sur une colline qui domine ses voisines. Son architecture et sa composition la fige dans le moyen âge. Il est plus facile de trouver une armure de chevalier ou une épée dans les multiples boutiques de touriste qu’une simple petite baguette de pain pour le déjeuner!

 

 

La suite de la remontée nous amène au centre géographique, économique et politique de l’Espagne : Madrid ! Après cinq jours d’architecture andalouse, le patrimoine architectural semble un peu plus pauvre dans la capitale. Mais elle revêt d’autres aspects qui la rende toute aussi attirante. Citons le magnifique parc du Retiro qui offre à ses promeneurs une bouffée d’oxygène en plein coeur de la capitale, ou le musée de la Reine Sofia dans lequel on peut entre autre admirer « Guernica » de Picasso en grandeur nature. La culture c’est bien, la bouffe c’est mieux… Grâce à David, un ami espagnol de l’X qui finit ces études ici, nous avons découvert les bons plan pour se gaver de jambon cerrano, de bocadillos, de tapas et de bières pour des prix dérisoires… 1 euro le croissant au fromage et jambon cerrano et 1 euro la pression. Comment ne pas passer l’après midi au comptoir ?

 

Cap sur Barcelone ensuite après une longue traversée à travers un paysage assez rocailleux sans intérêt. Après un mois et demi à se supporter, premier week-end chacun de son coté! Guillain avec son cousin qui travail ici et Pierrem avec Camille venue de Paris en avion pour le we. Malheureusement la météo n’est pas de notre coté, et la pluie incessante nous empêche de profiter au maximum de la capitale catalane. Comme de bons touristes nous ne loupons pas le parc Guell, apparemment nous n’étions pas les seuls à avoir eu cette idée. On avait plus l’impression d’être à la station Chatelet un matin de semaine à 8h00, que dans jardin botanique. Mais on ne boude pas notre plaisir, et on se balade tranquillement sur les pas de Romain Duris…

 

 

Retour en France, après un peu plus d’un mois et demi de route. La mécanique tient, l’aménagement n’a pas eu l’air de trop souffrir et l’ambiance est bonne. Pas besoin donc de s’attarder plus sur le sol français. On longe rapidement la côte d’azur avec une petite étape chez un pote de l’X, Cyril, installé dans la cité phocéenne. Après un petit bilan de nos finances qui s’assèche plus vite que prévu, faute au prix du gasoil galopant à la hausse, de notre motivation, et fort de l’expérience déjà accumulée, nous décidons de la tournure de notre roadtrip pour les prochaines semaines. On décide de gagner rapidement Istanbul, pour retrouver un peu la chaleur qui commençait à faire défaut à mesure de la remontée. Puis visite de la Turquie pendant une grosse dizaine de jours. Si on a fait définitivement une croix sur l’Egypte suite à la révolution, nous suivons de près l’évolution de la situation en Syrie avant de décider si nous y mettrons les roues. On pense ensuite revenir tranquillement vers la France vers fin mai, on decidera à ce moment de la suite des évènements! A l’heure ou nous postons ce message, nous sommes en Turquie à une centaines de kilomètres d’Istanbul. Nous sommes parti de Marseille il y a 6 jours, passés rapidement en Toscane, avons pris le bateau à Ancona, sommes arrivé à Igoumenitsa en Grêce et avons fait la traversée d’ouest en est sans trop trainer. Plus de détails dans le prochain épisode!

PE & G.

Que celui qui ne l’aurait pas faite me jette la première pierre…

 

La boucle Marocaine

27 février 2011

L’objectif premier est atteint, il fait enfin chaud ! Adieu bonnets, écharpes et chauffage intensif du camion avant de dormir. Bonjour short, tongs et lunettes de soleil !

La fin de la route entre Lisbonne et Gibraltar est assez rapide. Une seule petite étape à Cadiz, charmante petite ville portuaire fortifiée. Les toits s’aplatissent, les crépis s’éclaircissent et les premières portes voutées apparaissent, on sent toute l’influence du Maroc qui n’est qu’a quelques kilomètres à vol de mouettes.

On y passe la journée en flânant dans ses rues, puis direction Tarifa à 150 km au sud le point le plus bas de l’Europe, pour passer la nuit. La route tortueuse qui nous y emmène nous permet d’apercevoir entre deux champs d’éoliennes, le continent Africain.

Le lendemain matin direction le port d’Algeciras pour prendre le bateau vers Ceuta de l’autre côté du détroit. Grâce aux bonnes indications de Julien, un ami de l’X qui travaille à Essaouira, nous évitons les premiers rabatteurs qui vendent des billets au double du prix officiel. Guillain, après quelques aller-retours dans la gare maritime pour trouver le bon guichet, revient finalement avec les précieux sésames. Au moment d’embarquer, Bertha nous refait le coup de la panne de batterie. Guillain qui n’a pas oublié son passé de seconde ligne, pousse le camion récalcitrant, Pierrem passe la seconde et le camion démarre… Traversée sans souci, une grosse demi heure après nous sommes… toujours en Espagne ! Ceuta résiste toujours à l’envahisseur et reste une petite annexe espagnol. La frontière est quelques kilomètres après le port. Le passage de douane est,comme prévu, extrêmement compliqué, l’efficacité des douaniers étant inversement proportionnelle à leur tour de taille. Après une petite heure de klaxons pendant laquelle ils s’amusent à jouer au flipper avec Guillain, l’envoyant d’un guichet à l’autre, nous obtenons les papiers et nous pouvons entrer au Maroc .

On file alors vers Tétouan où Etienne ,un ami de Pierrem, travaille sur un chantier de la côte. Le Roi a lancé depuis une dizaine d’années un vaste plan de relance de l’activité économique du nord, en investissant largement dans le béton pour tenter de freiner le commerce juteux du « kif » qui pousse par champs entiers… Visite de Tanger le lendemain, à une petite heure de Bertha, on se balade dans la médina, on se perd dans ses rues. On finira l’après midi chez Bernard, un collègue de travail d’Etienne. Personnage haut en couleur, plus de 72 ans et toujours chef de chantier. Refuse la tranquillité de la retraite, lui préférant les complications d’un bon chantier routier en plein centre Afrique… Il nous accueille pour regarder la deuxième mi-temps de France/Irlande, on restera finalement toute la fin de l’après-midi chez lui à discuter.

Après cette escale d’un week-end, descente vers Fès. La journée entière derrière le volant à notre petit rythme. Les paysages alternent entre des collines arides et des plaines de champs verdoyant.

Clignotant à gauche, coup d’œil rétro, on dépasse un petit vieux sur son âne. Régulièrement nous croisons un petit village où l’organisation y est immuable. D’abord un barrage routier : trois cônes de chantier, un panneau « halte gendarmerie royale », et deux policiers bedonnants qui discutent à l’ombre d’un arbre. Puis des dizaines de magasins ouverts sur la route principale qui traverse le bled. Alternance de garages, de vendeurs de fruits, de petites terrasses où des hommes sirotent un thé à la menthe et de boucheries au devant desquelles pendent des carcasses entières de moutons. Au milieu une agitation permanente ; des vieillards accroupies qui garde leurs chèvres, une bande de jeunes frimant sur leurs mobylettes rafistolées, ou encore des vendeurs ambulants qui poussent leurs carrioles déglinguées. Il faut passer doucement pour slalomer entre les nids de poules et éviter les gens qui traversent dans tous les sens. Notre camion ressemble de très prêt aux camions Mercedes blancs qui sont ici des taxis collectifs. Nous croisons donc des dizaines de gens qui nous appelle d’un petit signe de la main en nous voyant, mais qui se ravisent vite quand ils nous voient de plus prêt !

Nous nous arrêtons à une vingtaine de kilomètres au nord de Fès pour se garer dans un petit village de paysans paumé en pleine campagne. Il est peu probable que les habitants s’attendaient à voir débarquer en pleine nuit sur la petite route en terre défoncée un camion immatriculé en France! On stationne un peu à l’écart pour ne pas déranger. Un jeune vient à notre rencontre, il ne parle pas un mot de français, la discussion tourne court.

 

Visite de Fès le lendemain, on évite plusieurs guides qui nous harponnent, puis on se laisse entrainer dans l’arrière boutique d’un vendeur du souk, «pour le plaisir des yeux». Ils nous offrent le thé avec un de ses amis guide dans l’Atlas. La discussion n’est pas commerciale, le guide prend le temps de se présenter, d’expliquer l’histoire de la maison, de la ville et de son pays. On aborde les évènements actuels au Maghreb, il nous répond que le Maroc à plus besoin d’une révolution culturelle avec le roi, qu’un renversement brusque du système établi. Par la suite d’autres Marocains que nous interrogerons sur le sujet arriveront à la même conclusion, nous pouvons donc dormir tranquille. Vers 17h, une pluie battante s’abat sur la médina, on rejoint au pas de course le camion, puis départ vers Rabat à 3h de route.

La bas nous sommes accueilli par Geoffroy, qui travaille en VIE pour une entreprise de BTP lui aussi, mais dans la partie contrôle de gestion. Le mercredi et le jeudi sont fériés, les marocains fêtent le “de-maolid”. Ils nous sert donc de guide pour la visite de la capitale. Au bout de sa rue trône le mausolée Mohamed V ou repose Hassan II le père de l’actuel roi Mohamed VI. Chef d’œuvre de l’artisanat marocain traditionnel, une large coupole d’acajou et de cèdre du Liban chapeaute le sarcophage royal. Aux quatre coins de la galerie, des gardes en uniformes d’apparat surveillent les touristes japonais arrivés par car, le guide audio vissé dans l’oreille et l’appareil photo prêt à dégainer. Nous resterons trois jours dans la capitale, alternant les visites avec des pauses lecture accompagnées de thé à la menthe.

Après l’agitation de la ville, place au calme du moyen Atlas. Il a fallu une journée pour descendre tranquillement vers Bin-El-Ouidane, un petit village accroché à flan de montagne. Nous garons Bertha au bord de la route qui fait le tour de la plus grande retenue d’eau du Maroc, réservoir d’énergie qui fourni l’électricité pour une grande partie du Maroc et irrigue la région de Beni-Mellal. Petit café le lendemain matin au soleil avec une vue sur le lac bleu carte-postale, puis on passe aux fameuses cascades d’Ouzoud en fin d’après midi à quelques dizaines de kilomètres du lac.

 

Nous rejoignons ensuite Essaouira; nouvelle journée au volant. On passera par Marrackech sans s’arrêter, nous avons déjà visité plusieurs médina et recommencer ici dans le temple du tourisme ne nous passionne pas outre mesure. Julien – Cheveu pour les intimes- travail ici pour une société qui gère de la maitrise d’ouvrage du SOFITEL d’Essaouira. L’hôtel ouvre ses portes le 1er mars, ils cherchent des gens pour tester les chambres, la cuisine et le service. Julien nous obtient donc deux chambres « luxes » pour deux nuits, pas un dirham à débourser! Le plat de sushi en entrée est excellent, leur carpaccio de lotte délicieux, mais le pain de leur club sandwich saumon est fade. On ne manque pas de le leur faire remarquer sur notre fiche satisfaction, on prend notre rôle à coeur…On n’a malheureusement pas pu beaucoup voir Julien qui court partout toute la journée. Dans cinq jours l’hôtel accueil tous les cadres de Peugeot, et les pelleteuses sont encore dans la piscine…

Essaouira est connue de tous les véliplanchistes de la planète pour son vent constant tout au long de l’année et les surfeurs se régalent de ses vagues généreuses. Nous n’avons pas essayé de nous ridiculiser dans un de ces deux sports de glisse, préférant découvrir la petite ville bordée de rempart qui vit au rythme des sorties de ses chalutiers.

Depuis deux jours maintenant nous sommes à Casablanca. La ville ne ressemble à aucunes autres du Maroc. Le cœur économique marocain vit à l’heure des grandes mégalopoles européennes. Les boutiques de luxe ont remplacé les petites échoppes. Seule la gigantesque mosquée Hassan II nous rappel que nous sommes dans un pays du Maghreb. Puisque la ville en elle même ne présente pas un intérêt particulier, nous décidons d’aller passer la journée au bord de la plage avec Sixte, un ami de l’X, qui nous a rejoint pour la journée. Sur la plage, un groupe de jeunes marocains d’une trentaine d’année nous propose de faire une partie de foot. On sympathise, puis ils nous invitent de partager le couscous du vendredi préparée par leur mère pour déjeuner. Couscous, lait caillé, poulet roti, brochette de viande kefta et saucisses grillées, ont sort de table avec quelques kilos en plus!

On remonte vers Ceuta demain, direction Grenade, Madrid et Barcelone, après on ne sait pas… N’ayant pas de guides sur nous, n’hésitez pas à nous donner des conseils touristiques sur ces prochaines destinations.

 

PE&G

 

 

Berthach Roadtripch

9 février 2011

Première semaine, premier bilan. C’était à prévoir, rien ne se passe comme prévu. Mais y avait-il vraiment un plan ?! Dans un planning aussi vague qu’imprécis nous avions d’abord prévu de rejoindre le Maroc en 10 jours.

Nous en mettrons surement un petit peu plus. Seulement nous n’avons pas trainé en route, 4h par jour en moyenne derrière le volant, avec un trajet de 700 km jeudi dernier entre Bilbao et Braga pour accélérer la descente.

Nous n’avions pas tout a fait pris en compte que se paumer, chercher sa route, galérer aux abord des grandes villes ralongeaient considérablement les distances… D’autre part, les petites routes que nous prenons pour fuir les grands axes payant, sont pleines de rond points et autres petits villages qui font rapidement tomber la moyenne à une soixantaine de kilomètre heure au maximum. Ce rythme n’est pas viable, et pas vraiment ce que nous recherchons.

Que faire ? Sacrifier les petites routes pleines de charme pour filer droit sur les artères monotones ?Acheter des plans plus précis pour diminuer les égarements chronophages ? Revoir à la baisse notre parcours? Nous en serons d’ailleurs peut-etre contraint si le proche-orient continue de s’embraser.

Nous commençons à prendre la mesure de notre petite maison, optimisant au fur et à mesure les déplacements dans le véhicule: la préparation des repas, la vaisselle, les multiples transformations canapé/table/lit. Au détour d’une petite ruelle sans passage d’ une ville résidentielle portugaise, nous avons testé la douche intérieur; franc succès ! 3L d’eau par personne shampoing compris. En revanche, l’utilisation des WC attendra…

Après Dax, dernière étape française pour saluer la grand mère de Guillain, nous nous sommes posés à Bilbao. Quelques tags « ETA » sur les murs délabrés aux abords de la rivière qui serpente jusqu’au centre ville et tous les panneaux de signalisation traduit en basque, rappellent que nous sommes bien au Pays Basque avant d’être en Espagne. La ville regroupée autour de son riche centre ville et de son stade de foot aux couleurs de l’Atletic Bilbao, semble avoir choisi la voie d’un urbanisme léché pour effacer les traces d’un passé industriel. Le fameux musée Guggenheim, référence de l’art contemporain trône au bord de  la rivière et les berges de celle ci, alternent entre parcours santé design, voie piétonne aménagée et bâtiments aux murs fissurés et vitres brisées. La visite sans plan de la ville nous force à être observateur pour retrouver Bertha le soir venu. « A droite, ou à gauche ? » question récurrente à chaque carrefour, qui nous entraine souvent dans des ruelles paumées où se cachent parfois de magnifiques bâtiments. La surprise peut donc être à chaque coin de rue, ce qui dynamise la balade. Nous resterons qu’une journée à Bilbao, le temps de visiter le musée et de déambuler dans le centre.

La journée suivante entière se passe à 90km/h, pour rallier Braga au Portugal. Une nouvelle petite panne de batterie finalement sans conséquences et nous repartons, toujours à 90km/h. Pour dormir, nous repérons sur la carte un barrage perdu au milieu des montagnes. Après quelques detours nous trouvons l’emplacement idéal. Premiers rayons de soleil, petit café au matin…

Le lendemain, départ pour Braga qui se trouve être une ville industriel. Devant ce défilé d’usines, nous avons pris peur et avons filé à Guimaraes, petite ville candidate pour être capitale européenne de la culture en 2012. Pour la première fois du séjour, on sort en T-shirt. Café sur la place au soleil puis visite du château, mais les sirènes du tournoi des 6 nations nous pousse à aller jusqu’à Porto ou nous errons dans les rues à la recherche d’un Irish Pub. Chercher une télé retransmettant le match Galles/Angleterre est une mission quasi impossible dans une ville ou le FC Porto règne en maître. Après d’innombrable aller-retour, montée-descente dans le centre ville, nous finissons par échoué dans LE bar qui passait le match! Repos mérité, puis visite le lendemain de la ville. Les fabriques de Porto jonchent un bord de la rivière, la vieille ville occupe l’autre coté. Du haut du grand pont en acier riveté du XIXeme qui les relie, s’offre à nous une splendide vue à 360° sur toute la ville :

A 200 km au sud, nous visitons la ville étudiante de Coimbra, célèbre pour son université vieille de 1000 ans qui était malheureusement en travaux ce jour là.

Lisbonne enfin, nous laissons Bertha sur les quais du port de commerce à 100m de la brigade anti-criminel… Sac à dos à dos, marche brownienne dans les rues escarpées, on croise de temps en temps un vieux tramway qui monte péniblement les pentes. Les bâtiments accusent le coup des années, et sont un peu noircis par la pollution. Ça devait être magnifique il y a 50 ans, maintenant un peu moins…On continue, on tourne à droite, puis à gauche, ca y est on est paumé, comme d’habitude…

On finira par savourer une petite sangria sur une petite place  face à la mer. Au loin le petit Corcovado nous ouvre grand les bras. Les jambes commencent vraiment à tirer, il est temps qu’on arrive dans un pays plus plat!

Prochaine étape prévue à Seville avant d’arriver au Maroc.

Deux glaçons dans une boite en tôle

31 janvier 2011

Il parait qu’une vague de froid c’est abattu sur la France, on vous confirme!

Météo idéale pour tester notre isolation ultra performante 11 couches. Conclusion de l’étude après deux jours tests, ça marche…pendant deux heures!! Les ponts thermiques multiples nous ont offert deux réveils à 2°C, vivement le Maroc!

Première étape à La Rochelle, très jolie ville avec son fort et ses remparts, mais un peu morte un dimanche de fin janvier. On a donc “vite” filé vers Bordeaux, à peine plus animé en ce début de semaine.

Le froid et la grisaille nous ont décidé à légèrement accélérer la cadence, et viser Porto dans 3 jours.

PE & G

Vrai faux départ

28 janvier 2011

On avait annoncé un départ lundi dernier après avoir dit au revoir à tout le monde. Les plus perspicaces auront remarqué que nous répondions encore beaucoup aux mails et textos pour des gens sensés être sur les routes loin de tout accès réseau. Ils ont vu juste!

Le premier trajet Paris-Nantes nous a vite rappelé que notre camion n’était pas encore prêt à avaler des kilomètres. Premier arrêt et première galère, Bertha refuse de redémarrer… Obligé de sortir les pinces croco pour l’aider à repartir! Plus de peur que de mal, un petit tour de pince nous à vite rassurer sur l’état de santé de notre chère et tendre.

Fort de ce premier incident, nous avons fait un petit check-up avant le grand saut. Electricité, hydraulique, porte arrière tordu, rangements non-optimisés, les chantiers étaient multiples.

Pendant ce temps, Super-Maman-Roger a coupé, piqué et cousu avec talent pour nous offrir des superbes banquettes rouges amovibles en matelas. Présentation fonctionnelle et photos multiples à venir très prochainement!

Cette fois c’est la bonne, départ demain direction la côte.

G&PE

 

Destination ???

23 janvier 2011

Ca y est ! Après 4 mois d’intense préparation, il est temps de mettre le contact et partir pour un petit tour. Mais où ??

Si depuis le début du projet nous nous sommes pas mal essoré les méninges pour réussir à transformer l’arrière d’une camionnette en véritable micro maison, nous n’avons pas vraiment réfléchi à un itinéraire précis.

Mais l’avantage de notre escargot à roulette est de pouvoir se déplacer ou bon nous semble sans nous soucier des ennuis logistiques de l’hébergement. Direction donc le Maroc en passant par l’Espagne et le Portugal, pour échapper aux températures hivernales et tester notre van. Retour en France début mars pour une durée encore indéterminée. Un weekend rapide dans le sud si la mécanique et l’aménagement n’ont pas trop souffert des routes Marocaines, où un peu plus longtemps si Bertha réclame un check-up plus complet.

Ensuite ?? Nous avons le projet de descendre la botte italienne, passer en Grèce, traverser la Turquie, visiter la Syrie et la Jordanie pour finir avec le pays des pyramides. Puis demi-tour, on repasse en Turquie pour filer droit vers les Balkans, remonter vers les pays de l’Europe de l’est, poussé jusqu’aux premières grosses villes Russes, un petit tour aux pays Baltes, et finir par les pays des grands blonds, Finlande, Suède et Norvège.  Retour paisible vers la grisaille parisienne en passant par l’Allemagne et le Benelux.

Si tout va bien, que Bertha ne nous a pas coulé une bielle au milieu de nulle part et que le huis clos dans nos 4,2m² ne part pas trop en free style, nous devrions être de retour fin août.

D’ici là  venez de temps en temps sur notre blog, nous essayerons de donner de nos nouvelles assez régulièrement. Et pour commencer jetez un oeil à la petite vidéo que nous avons fait de l’aménagement de notre Citroën C25 !

A bientôt !

PE &G.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 25 followers